Socrate (vers 470-399 av. J.-C.) est le philosophe le plus cité de l'Antiquité — et le seul dont on ne possède aucune ligne écrite de sa main. Tout ce qu'on sait de lui vient de ses disciples, en particulier Platon et Xénophon. Il est mort à 70 ans, condamné par un tribunal populaire athénien, après avoir refusé de s'enfuir alors que la fuite lui était possible.
Une vie connue seulement par ses disciples
Socrate naît à Athènes vers 470 av. J.-C., fils de Sophronisque (sculpteur) et de Phénarète (sage-femme, selon la tradition). Il sert comme hoplite dans l'armée athénienne pendant la guerre du Péloponnèse et se distingue par son courage physique, rapporté notamment par Alcibiade dans le Banquet de Platon. Il n'a laissé aucun texte : sa pensée nous parvient uniquement par les dialogues de Platon, les écrits de Xénophon, et — de façon hostile et caricaturale — la comédie Les Nuées d'Aristophane. Cette absence d'écrit rend toute reconstitution de « ce que Socrate a vraiment dit » nécessairement incertaine et débattue par les historiens de la philosophie.
La maïeutique : la méthode socratique
Socrate ne transmet pas de doctrine : il interroge. Sa méthode, qu'il compare lui-même à l'art de sa mère sage-femme, consiste à faire « accoucher » les esprits des idées qu'ils portent sans le savoir — d'où le nom de maïeutique. Concrètement, il part d'une affirmation de son interlocuteur (« la justice, c'est rendre à chacun ce qui lui est dû »), lui fait examiner des cas particuliers qui la contredisent, jusqu'à ce que la définition initiale s'effondre. L'interlocuteur ne reçoit pas une réponse toute faite : il découvre, souvent avec inconfort, qu'il ne savait pas ce qu'il croyait savoir.
« Je sais que je ne sais rien » — moins un aveu d'ignorance totale qu'une remise en cause méthodique des certitudes non examinées. Socrate ne prétend pas ignorer, il refuse de se croire savant sans l'avoir vérifié par le dialogue.
Le procès de 399 av. J.-C. : les trois chefs d'accusation
En 399 av. J.-C., Socrate, alors âgé de 70 ans, est jugé devant un tribunal populaire de 501 citoyens tirés au sort (l'Héliée). Ses accusateurs — Anytos, Mélétos et Lycon — retiennent trois chefs d'accusation précis : ne pas reconnaître les dieux reconnus par la cité, introduire des divinités nouvelles (son fameux « daimôn », une voix intérieure qui le retient d'agir), et corrompre la jeunesse athénienne.
Le contexte politique pèse lourd, même s'il n'apparaît pas dans les chefs d'accusation officiels : Socrate a compté parmi ses proches Alcibiade, qui a trahi Athènes, et Critias, l'un des Trente Tyrans qui ont brièvement renversé la démocratie athénienne quelques années plus tôt. Le procès se tient dans un climat de méfiance envers quiconque a pu influencer ces figures controversées.
La condamnation et la mort
Le vote de culpabilité passe à une faible majorité ; celui de la peine de mort, proposée par l'accusation contre une contre-proposition de Socrate jugée trop légère par les jurés, passe à une majorité plus large. Selon Platon (Criton, Phédon), Socrate refuse ensuite l'évasion que ses proches lui proposent, par fidélité aux lois de la cité qui l'ont protégé toute sa vie. Il boit la ciguë quelques semaines plus tard, dans sa cellule, entouré de ses disciples, après le retour rituel du navire sacré envoyé à Délos — un délai religieux qui suspendait les exécutions à Athènes.
L'héritage : Platon, Xénophon et l'école socratique
Le procès et l'exécution de Socrate marquent durablement la philosophie occidentale : Platon en fait le personnage central de la quasi-totalité de ses dialogues, et la question de la liberté de penser face à une démocratie qui peut se tromper devient un objet philosophique à part entière. Plusieurs écoles se réclament ensuite de son héritage — les cyniques, les cyrénaïques, et bien sûr l'Académie fondée par Platon — chacune retenant un aspect différent de sa pensée, preuve qu'aucune n'épuise à elle seule ce que Socrate a représenté.
Questions fréquentes
- →Pourquoi Socrate n'a-t-il rien écrit ? Les raisons exactes restent débattues ; certains y voient une cohérence avec sa méthode orale (le dialogue vivant contre le texte figé), qu'il évoque dans le Phèdre de Platon à propos de l'écriture.
- →Quelle est la différence entre Socrate et Platon ? Socrate est le maître, sans écrit propre ; Platon est son disciple, qui l'a mis en scène dans ses dialogues au point qu'il est difficile de distinguer précisément la pensée de l'un de celle de l'autre.
- →Pourquoi Socrate a-t-il refusé de s'enfuir avant son exécution ? Selon le Criton de Platon, il estimait que fuir reviendrait à rompre le contrat tacite qui le liait aux lois d'Athènes, sous la protection desquelles il avait vécu toute sa vie.
- →Qu'est-ce que le daimôn de Socrate ? Une voix intérieure qu'il décrivait comme le retenant d'agir dans certaines situations — jamais comme lui dictant quoi faire. C'est l'un des éléments retenus contre lui comme « divinité nouvelle » lors de son procès.
Tout ce dont vous avez besoin : un compte gratuit et un appareil par binôme.
Créer mon compte →